PELERINAGES FRANCISCAINS

Accueil
Contacts
liens
Mentions légales
Internet

 
 

L’IMMACULEE CONCEPTION DE LA VIERGE MARIE

Conférence donnée à Lourdes pour la Pèlerinage franciscain d’avril 2008, par le Frère Luc MATHIEU, ofm.

 Pour célébrer le 150è anniversaire des Apparitions de Lourdes, il convient de méditer sur ce qui a été un sommet de la révélation de Marie à Bernadette. Vous savez qu’il y eut 18 apparitions, entre le 11 février 1858 et le 16 juillet de la même année.- Bernadette qui était une jeune fille de 14 ans, simple, pauvre et sans instruction, pratiquement sans avoir reçu de catéchèse même élémentaire, ne connaissait de la foi que ce qu’elle retenait de sa pratique religieuse, en famille et à la messe.  Le curé Peyramale, à qui elle s’est confiée, dès le début, était un saint prêtre et un bon pasteur, un peu bourru, mais fin et perspicace. Quand Bernadette lui eut rapporté la demande de « la dame » : « aller dire aux prêtres de bâtir ici une chapelle et d’y venir en procession », il fit une réponse de bon sens : « qu’elle dise d’abord son nom et on bâtira sa chapelle. » Il avait reçu des conseils de prudence de la part de l’évêque, Mgr Laurence, mais il croyait déjà à la sincérité de Bernadette et commençait à admettre qu’il se passait quelque chose de surnaturel.

Lors de la 16è apparition, jour de la fête de l’Annonciation faite à Marie, la Dame dit à Bernadette : « Je suis l’immaculée conception » (en patois béarnais). La voyante courut aussitôt au presbytère, tout en se répétant sans cesse la phrase, qu’elle ne comprenait pas, de peur de l’oublier, et à peine entrée, la répéta au curé. Celui-ci fût bouleversé, car il avait tout de suite compris que Bernadette ne pouvait pas avoir inventé cette réponse, ni elle, ni son entourage. Cependant, l’expression n’était pas nouvelle, comme nous allons le voir maintenant, mais elle n’était pas couramment employée pour désigner Marie, c’était une expression « savante ». Si Bernadette avait imaginé avoir reçu un nom de la part de Marie, elle aurait simplement dit : « Je suis Marie », ou « la Sainte Vierge », ou « la Mère de Jésus » etc… ou d’autres expressions de la piété populaire.

 

Cependant, la croyance à la conception immaculée de Marie remonte à plusieurs siècles et faisait déjà l’objet d’une célébration liturgique de l’Eglise universelle. Elle avait été définie comme dogme de foi, par le Pape Pie IX, 4 années auparavant, le 8 décembre 1854. Et même, depuis l’apparition de Marie à Catherine Labouré, en 1830, à Paris, rue du Bac, on vénérait la “médaille miraculeuse” qui portait l’inscription  « Marie conçue sans péché, priez pour nous… », selon le modèle que Marie aurait montré à sœur Catherine. Cette médaille était déjà très répandue dans le peuple chrétien.

 

ATTENTION.  Il ne faut pas confondre, comme on le fait parfois la conception immaculée de Marie, avec la conception virginale, lorsqu’elle mit au monde Jésus.

La conception virginale est affirmée dans l’évangile de l’annonciation quand l’ange dit à Marie qui  avait objecté qu’elle ne connaissait pas d’homme, que l’Esprit Saint la couvrirait de son ombre et que son enfant serait appelé Fils de Dieu. Cet enseignement officiel de l’Eglise est proclamé dès les origines, dans les Symboles de la foi ou « Credo ».

Quand on parle de l’Immaculée conception, il s’agit de la conception naturelle de la Vierge Marie, à partir de l’union charnelle de ses parents, nommés traditionnellement Joachim et Anne, d’après un évangile apocryphe du 3è s. « Le Protévangile de Jacques » qui a fourni beaucoup de légendes à la dévotion et à l’imagination des fidèles et des artistes. On signifie par là que Marie, dès sa conception a été préservée du péché originel et de toute racine du mal.

 

Pré-histoire de la doctrine de l’Immaculée conception.

 

La définition de la doctrine, en 1854, affirme que c’est une doctrine révélée… Ce qui ne signifie pas qu’elle est affirmée clairement dans la sainte Ecriture, car pour l’Eglise catholique, la révélation qui a sa source dans l’Ecriture, nous parvient aussi dans la Tradition de l’Eglise, les enseignements des Pères, l’enseignement extraordinaire et ordinaire de l’Eglise (ou Magistère vivant), et même de la communion consensuelle du peuple chrétien. (Différence avec la conception protestante de la révélation, limitée à la lettre de l’Ecriture).

Plusieurs textes de l’Ecriture ont éclairé cette doctrine : en particulier dans le récit de l’annonciation, la salutation de l’ange Gabriel à Marie : « Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce ! » (emploi d’un participe parfait qui dit ici la perfection de la grâce : « toi qui est comblée de la grâce » que la latin et le français ont rendu par “gratia plena” “pleine de grâce”, qui sera compris par la tradition postérieure comme « Toi en qui la grâce atteint sa plénitude ». Par ailleurs, dans le récit de la Visitation, Elisabeth s’écrie devant Marie  « Tu es bénie entre toutes les femmes… !). Ce que les premiers Pères de l’Eglise entendront comme une sainteté particulière de Marie et l’appelleront déjà « la Sainte Vierge » (St Justin , vers 165, st Irénée, St Grégoire le Thaumaturge (270). On commence même dès cette époque à appeler Marie, la “nouvelle Eve”, désignation que l’on trouve fréquemment aux siècles suivants, par ex. chez St Epiphane, saint Ephrem, St Jérôme, st Augustin, etc…

Ce thème de la nouvelle Eve est très important : Eve avait été créée par Dieu « innocente » et munie de la grâce divine, qu’elle perdit par le PO, tandis que la nouvelle Eve, qui fait pendant au “nouvel Adam” qu’est le Christ, dut être crée par Dieu totalement innocente.

Dans les liturgies byzantines  (orientales vers le 9è s), on célébrait une fête de la conception de Marie, ou de la sanctification de Marie, car on pensait qu’en raison de sa maternité divine à venir, Dieu la sanctifiait miraculeusement, dans le sein de sa Mère. Cette conviction reposait sur un raisonnement bien simple : Dans la sainte Ecriture, deux personnages, au moins sont dits avoir été sanctifiés dans le sein de leur mère : le prophète Jérémie (Jer 1) : « Avant de te former au ventre maternel, je t’ai connu, avant que tu sois sorti du sein, je t’ai consacré… », et le Précurseur, saint Jean-Baptiste, selon Lc 1, 15, l’ange dit à Zacharie de son enfant à naître, « il sera remplis de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère… ». On pensait donc que Marie “pleine de grâce” ne pouvait être inférieure en grâce à ces deux prophètes. On admit donc, dans l’Eglise, en Orient d’abord, puis bientôt en Occident, que Marie avait été sanctifiée par une grâce particulière, dès le sein de sa mère, afin que son corps, exempt dès lors du péché originel ne puisse souiller la chair bienheureuse de Jésus-Homme-Dieu, le Très Saint.

Car , à la suite de St Augustin, on pensait que le péché originel était physiquement transmis dans l’accomplissement de l’acte conjugal et ainsi contaminait tous les descendants d’Adam, sans autre exception que celle de Jésus, qui lui n’était pas né de l’union charnelle d’un homme et d’une femme. Autrement dit, pour ce qui concerne Marie, on pensait qu’après un premier temps : la conception, commune à tous les humains, il y avait un second temps : la sanctification qui précédait la naissance et signifiait la vocation particulière de Marie : devenir la Mère du Très Saint .

 

Les controverses du Moyen-Age.

 

Vers le XIè s., timidement, quelques théologiens s’interrogent sur l’étendue du privilège de Marie, comme St Pierre Damien, St Bruno et saint Anselme de Cantorbery, dont l’un des disciples et secrétaire, l’anglais Eadmer, émit clairement l’hypothèse que Dieu pouvait par sa puissance préserver Marie de toute tache, y compris du PO. – Et l’on commence, en certains milieux monastiques, à donner ce sens à une fête liturgique de la conception de Marie : en Angleterre, en Espagne, et bientôt à Lyon, ce qui émeut profondément saint Bernard (vers 1125) qui écrit une lettre de reproches sévères aux chanoines de Lyon qui ont institué cette fête. Il leur rappelle que d’après St Augustin, tous les hommes naissent marqués de ce péché, et que d’autre part la rédemption du Christ a été universelle et donc a affecté sa propre mère qui aurait eu, elle aussi, besoin de rédemption.

Néanmoins, les grands théologiens scolastiques adoptent la position de saint Bernard : saint Bonaventure, franciscain, comme saint Thomas d’Aquin, le docteur dominicain, enseignent clairement que Marie a été sanctifiée, dès le sein maternel, avant sa naissance, et qu’elle n’a pas connu le péché, par la suite, afin de préparer au Verbe de Dieu une demeure digne de lui. L’un et l’autre ne veulent pas aller à l’encontre des conclusions de saint Augustin selon ces trois affirmations : 1°- Tout homme né à la suite d’un acte charnel contracte en sa nature le péché originel qui affecte toute la descendance d’Adam ; 2° - Le Christ n’a pas connu cet héritage, puisqu’il n’est pas né d’un commerce charnel ; 3° - Marie, comme tous les humains a bénéficié de la rédemption acquise par les mérites de la passion de Jésus-Christ. Or, pensaient-ils, puisqu’elle a engendré le Christ, elle ne pouvait recevoir de lui, qui lui était postérieur, d’être préservée du PO.

Cependant d’éminents théologiens anglais continuaient à enseigner la conception immaculée de Marie, selon les affirmations d’Eadmer. En particulier le grand théologien Robert Grossetête, chancelier de l’université d’Oxford et plus tard archevêque de Lincoln, qui écrivit un traité de la conception immaculée de Marie. Or ce Robert est ce maître d’Oxford qui le premier accueillit les frères mineurs, venus fonder l’Ordre avec le frère Agnello de Pise (1223), ancien provincial de Paris. Non seulement il les protégea, mais il accepta de les accueillir à l’université d’Oxford, et d’enseigner dans leur couvent d’études. Ce qui influença considérablement la pensée franciscaine, à travers Adam de Marsch, Hugues de Digne, Alexandre de Halès, Roger Bacon, Guillaume de Ware, qui fut le maître de Duns Scot. Cependant, les anglais n’avaient pas encore trouvé l’argumentation décisive qui établira la doctrine de l’Immaculée conception.  Ce fut le mérite et la gloire du théologien franciscain le Bx Jean Duns Scot (1265-1308).

 

L’enseignement marial de Jean Duns Scot

 

Trois grandes intuitions président les réflexions théologiques de Jean Duns Scot :

1° - Avant de penser à l’homme pécheur, il faut réfléchir sur l’homme sanctifié. Car le dessein d’un Dieu d’amour ne peut pas être de vouloir créer des pécheurs pour les racheter ensuite ou les châtier dans leur rébellion , mais c’est de vouloir être aimé par des créatures libres en qui la grâce divine agirait pour les conduire à leur fin, la communion bienheureuse avec les ¨Personnes divines, même si, du fait de leur liberté et de leur fragilité de créatures elles pourraient risquer de se perdre. Le dessein créateur est donc originellement un dessein de salut.

2° - Jésus-Christ, qui en tant qu’homme est la créature la plus aimée de Dieu, donc la plus parfaite réalisation du dessein éternel de Dieu, ne peut pas devoir son existence à une cause contingente, à savoir la chute, même probable de l’homme. Il est le premier voulu, avant toute autre créature, parce que la volonté divine se porte d’abord sur celui qui peut le mieux réaliser son dessein éternel. C’est d’ailleurs ce qui a été révélé dans l’épître aux Colossiens : 1, 13-20 : « Il est lui, l’image du Dieu invisible, le Premier-né avant toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux ou sur la terre…Tout a été créé par lui et pour lui (ou vers lui)… ».

3° - Pour parler de Marie, il faut partir du Mystère du Christ, car elle appartient à ce mystère, elle fait partie de la prédestination de l’Incarnation. Dieu n’est pas soumis au temps des hommes, car son dessein est éternel, et éternelle en est la réalisation.

 

A partir de là, Duns Scot va résoudre les difficultés qui lui sont opposées par les théologiens qui tout en soutenant la sanctification de Marie dès avant sa naissance, hésitent encore à affirmer la sainteté même de sa conception.

a) quant au Péché originel : Duns Scot n’admet pas qu’il soit transmis par l’union des corps, car dit-il justement, même si le corps est souvent l’occasion du péché, le péché est un acte de la volonté, il se situe dans l’esprit ou l’âme de celui qui pèche. C’est le fait d’appartenir à la nature humaine qui nous rend solidaires d’Adam et affectés par le PO.

b) Dieu n’est pas lié par le temps des hommes : d’ailleurs tous les justes de l’Ancien Testament ont bénéficié eux-aussi de la grâce rédemptrice que leur méritait la Rédemption de Jésus…à venir.

c) Marie a elle aussi bénéficié des mérites de la Pâque de Jésus, or, une grâce qui préserve est bien plus éminente qu’une grâce qui guérit, rien ne s’opposait donc à ce qu’elle soit préservée du PO du fait des mérites de Jésus-Christ, bien au contraire, cela “convenait” plus parfaitement et manifestait l’amour de prédilection que Jésus-Homme Dieu devait à sa mère, la créature la plus proche de lui, qui le porterait en son sein dans une intimité absolue.  Ainsi est-elle celle qui a reçu en plénitude les grâces de la Rédemption. Non seulement elle n’échappe pas à la Rédemption universelle, mais elle en est la meilleure bénéficiaire.

Bien entendu, il n’appartient pas au théologien  de décider ce que Dieu devait faire, mais il peut raisonner avec prudence sur ce qui s’est passé, de fait. C’est ce qui autorise la fameuse phrase attribuée à Duns Scot, en un résumé lapidaire : Deus potuit, hoc decuit, autem fecit : “Dieu pouvait le faire, cela convenait hautement, il l’a donc réalisé ».-

Le Bx Duns Scot soutient donc que Marie, par une grâce singulière qui lui vient des mérites de son Fils a été totalement préservée du PO, dès sa conception, en vue du rôle qui lui serait dévolu par Dieu de mettre au monde son Fils. Ce sont presque les termes qui seront retenus par la définition du dogme, par Pie IX, six cents ans plus tard.

 

L’acceptation progressive dans l’Eglise

 

La brillante démonstration de Jean Duns Scot fut d’emblée acceptée par l’université de Paris, et par les Anglais qui n’attendaient que cela. . Dès lors, l’Ordre franciscain se fit le champion de cette doctrine, déjà affirmée également par le tertiaire Raymond Lulle, et ensuite par tous les théologiens franciscains. Par fidélité à saint Thomas d’Aquin, les Dominicains continuérent à combattre cette thèse, mais ils furent bientôt isolés dans leur combat, parce que la piété des fidèles se portait plus volontiers vers la vénération de Marie. Avant même la mort de Duns Scot, le pape Boniface VIII (1303) accorde une indulgence à ceux qui célèbrent la fête de Marie immaculée. Plusieurs ordres religieux, qui furent fondés dans les siècles qui suivirent adoptèrent le patronage de Marie Immaculée. Des sanctuaires furent érigés et l’office de l’Immaculée conception fut concédé de plus en plus souvent à des pays, des diocèses ou des familles religieuses. Le pape franciscain Sixte IV, approuve la doctrine, à plusieurs reprises, et la plupart de ses successeurs en firent autant. Le pape Léon X, celui qui condamna Luther, aurait voulu définir cette doctrine, mais le cardinal dominicain, Cajetan l’en dissuada. En 1708, le Pape Clément XI établit une fête d’obligation du 8 décembre, en l’honneur de l’Immaculée. A partir de là, les suppliques se multiplient, de la part des évêques, des fidèles, des religieux pour obtenir la définition du dogme de l’Immaculée conception de Marie, tandis que les Dominicains se voyaient interdire de s’opposer à cette doctrine et d’en développer des arguments contraires. En Italie, le célèbre prédicateur populaire, saint Léonard de Port-Maurice, entraîne les foules à la dévotion à Marie Immaculée, et compose une prière et supplique pour obtenir la définition papale. – Peu de temps après son élection, le pape Pie IX, tertiaire franciscain, qui lisait fréquemment la prière de St Léonard, établit une commission chargée d’étudier la possibilité et l’opportunité d’une définition solennelle du dogme. Tous les évêques du monde sont consultés par écrit. 546 réponses, sur 603 évêques consultés demandent instamment la définition : quelques evêques ne s’y opposent pas mais jugent inopportune une définition, très peu donnent un avis opposé à la doctrine.

 

Le 8 décembre 1854, par la bulle « Ineffabilis Deus », Pie IX proclame solennellement l’Immaculée conception de Marie :

... Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.

 

Le 25 mars 1858, Marie se fait connaître à Bernadette de Lourdes sous ce vocable : l’Immaculée conception.

 

Problèmes œcuméniques

Il ne faut pas passer sous silence les difficultés que soulèvent les proclamations des dogmes mariaux, Immaculée conception et Assomption de Marie, dans le dialogue œcuménique entre les diverses confessions chrétiennes.

Chez les Chrétiens Orthodoxes d’Orient : Ils ont une très grande dévotion à Marie, qui s’exprime dans leur liturgie, dans leurs prières et leurs hymnes, dans les Icônes. Ils ont été les premiers à célébrer la sanctification de Marie et ont été les premiers à proposer les grands dogmes mariaux fondateurs, de la Maternité divine et de la Virginité de Marie. Cependant, ils n’acceptent pas qu’une proclamation dogmatique ait été faite sans eux : ils récusent les Conciles postérieurs à la séparation d’avec l’Occident, et l’autorité doctrinale personnelle du pape. Ils ne pouvaient donc pas accepter la proclamation de Pie IX.- Ils refusent aussi l’Immaculée conception, et ils s’en tiennent à la nécessité du salut apporté par la Passion et la Pâque de Jésus au monde entier, ainsi qu’à l’universalité du PO.

Dans les Confessions protestantes :  

Il faut se garder d’affirmation simpliste comme : « les Protestants ne croient pas à la Vierge Marie ! ». Les Confessions protestantes ont un grand respect pour Marie, en raison de la place qu’elle tient dans l’Ecriture, et ils acceptent en général les dogmes des 4 grands conciles. La plupart cependant n’acceptent pas la « virginité perpétuelle de Marie » telle qu’elle a été définie au 3è Concile de Constantinople (7è s.). Luther professait une grande dévotion et admiration pour Marie, ainsi qu’en témoignent ses commentaires sur le récit de l’annonciation et sa méditation sur le Magnificat. Mais les Protestants ne rendent aucun culte à Marie, parce qu’ils récusent, en général le culte des saints, comme portant atteinte à l’unique médiation du Christ, selon 1 Tm 2, 5 : « Un seul est médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus-Christ. »

Les Catholiques connaissent bien ce texte et affirment également l’unique médiation du Christ pour donner aux hommes les grâces du Salut. Mais ils considèrent que les saints ont une médiation d’intercession, selon la doctrine de la communion des saints : saint Paul invitent les chrétiens à prier les uns pour les autres et à prier pour la fructification de son ministère apostolique. Marie qui est la plus proche du cœur de Dieu, la plus informée par la charité surnaturelle, est la mieux placée pour intercéder pour les hommes. 

Dans la publication du « Groupe des Dombes » concernant les points de vue des Protestants et des Catholiques sur la Vierge Marie, le Père Sesboué (Jésuite) expose clairement les positions catholiques, mais il souhaite que les dogmes concernant Marie ne soient pas un obstacle à l’unité chrétienne, car, dit-il, ce sont des « dogmes seconds » (mais non pas secondaires), en ce sens qu’ils sont en dépendance totale de la doctrine sur le Christ et la rédemption. Il considère que la doctrine sur le Christ qui nous unit suffirait à nous faire réaliser une unité visible, en demandant aux protestants de ne pas mépriser la foi des catholique sur la Vierge Marie, en demandant aux catholiques de ne pas considérer comme hérétiques ceux qui vénèrent les mystères du Christ-Sauveur, d’autant que durant de longs siècles, il y avait débat sur ces questions, parmi les plus saints et les plus savants des maîtres en théologie ou en spiritualité.

 

En quoi ce dogme concerne chaque chrétien ?

En ayant parcouru rapidement l’histoire du dogme de l’Immaculée conception, peut-être vous demandez-vous en quoi il vous concerne ? N’est-il pas une affirmation laborieuse des théologiens et des savants dont serait exclus le peuple des simples ? –  Cependant, Catherine Labouré et Bernadette étaient des femmes simples et sans instruction.

= Il faut rappeler tout d’abord que la doctrine chrétienne, même formulée en dogmes, traite des « Mystères de la foi ». L’Immaculée conception de Marie est un grand mystère, dans lequel nous sommes invités à entrer pour mieux vivre notre foi au Christ, mais restant toujours dans l’attente d’une révélation plénière : « ici-bas nous ne voyons qu’imparfaitement, comme dans un  miroir » disait l’Apôtre Paul.

 

=  L’ I-C signifie pour nous la défaite absolue de Satan, telle qu’annoncée dès le livre de la Genèse, quand Dieu dit au serpent que la descendance d’Eve (Marie et Jésus)  lui écrasera la tête (Gen  : 3, 15). Cf le théologien du XX° s. Karl Rahner : « Rien d’autre n’est dit dans le dogme que ceci : Marie est celle qui fut radicalement rachetée…Bref, c’est le cas de l’homme racheté absolument et radicalement ».

= Pour les fidèles, il y a ainsi place pour l’admiration, la contemplation de Marie « chef-d’œuvre » de Dieu, devant toutes les autres créatures. Notre louange s’élève donc vers Dieu et vers son Christ.

 

= La création nous apparaît dans toute sa “positivité” : ce n’est pas le mal qui domine, mais la sainteté partagée, voulue par Dieu aux origines. L’homme parfait, c’est  Jésus-homme, la créature la plus aimée et la plus sanctifiée par Dieu. Le péché est un accident malheureux qui dénature les fils et filles de Dieu : nous sommes moins “hommes” quand nous laissons le péché dominer en nous. Nous sommes “plus hommes” quand la grâce nous libère et nous accomplit. Marie a été créée par Dieu dans un état d’accomplissement, sans obstacle à l’action de la grâce en elle ; elle nous précède en humanité.

 

= La Nouvelle Eve est ainsi la « Mère des vivants de la vie nouvelle ». En engendrant l’humanité sainte de Jésus, elle donne au monde Celui qui donnera aux hommes la grâce plénière du Salut.

Cf. St Ambroise : « Marie est un commencement des œuvres de Dieu : il n’est donc pas étonnant que le Dieu qui devait racheter le monde, ait commencé son œuvre par sa mère, afin que celle par qui le salut était préparé à tous, jouit la première du fruit du Salut… »

 

=En contemplant Marie immaculée, nous avons la nostalgie de l’innocence originelle, qui doit nous faire désirer la conversion, dans notre itinéraire de pécheurs. Mais nous nous savons appelés à bénéficier du pardon miséricordieux de Celui qui nous a donné Marie pour mère. Celle qui n’a pas connu le péché, mais qui a vécu, souvent douloureusement, dans un monde de pécheurs, et qui a subi la violence du péché dans la Passion de son Fils, ne peut que compatir à nos faiblesses : on l’invoque comme “Refuge des pécheurs”. Elle nous remplit d’espérance quant au terme du Salut, de notre propre salut.

 

= Sainte Claire d’Assise disait au moment de mourir : « Merci Seigneur de m’avoir créée ! ». En Marie et avec elle nous disons : Merci Seigneur d’avoir créé ce monde en vue de donner aux créatures spirituelles de partager avec Marie le bonheur éternel d’entrer en communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint.

 

= En attendant, nous nous confions avec assurance à l’intercession de celle qui est la plus proche du Christ-Sauveur, pour intercéder pour les pécheurs. Les grands prêtres d’Israël qui avaient la mission d’intercéder pour les péchés du peuple, devaient d’abord intercéder pour leurs propres fautes (Hb 7,27). Comme Jésus, Marie n’a pas à intercéder pour ses propres fautes, son intercession est donc totalement en notre faveur et puissante sur le cœur de Dieu.

 

 

mentions légales

Pèlerinages Franciscains  27, rue sarrette 75014 Paris

Tel. et Fax 01 45 42 37 87

pelefranciscains@wanadoo.fr