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L’IMMACULEE CONCEPTION DE LA VIERGE
MARIE
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Conférence donnée à Lourdes pour la Pèlerinage
franciscain d’avril 2008, par le Frère Luc MATHIEU, ofm. |
Pour célébrer le 150è anniversaire des Apparitions de
Lourdes, il convient de méditer sur ce qui a été un sommet de la
révélation de Marie à Bernadette. Vous savez qu’il y eut 18 apparitions,
entre le 11 février 1858 et le 16 juillet de la même année.- Bernadette
qui était une jeune fille de 14 ans, simple, pauvre et sans instruction,
pratiquement sans avoir reçu de catéchèse même élémentaire, ne
connaissait de la foi que ce qu’elle retenait de sa pratique religieuse,
en famille et à la messe. Le curé Peyramale, à qui elle s’est confiée,
dès le début, était un saint prêtre et un bon pasteur, un peu bourru,
mais fin et perspicace. Quand Bernadette lui eut rapporté la demande de
« la dame » : « aller dire aux prêtres de bâtir ici une chapelle et d’y
venir en procession », il fit une réponse de bon sens : « qu’elle dise
d’abord son nom et on bâtira sa chapelle. » Il avait reçu des conseils
de prudence de la part de l’évêque, Mgr Laurence, mais il croyait déjà à
la sincérité de Bernadette et commençait à admettre qu’il se passait
quelque chose de surnaturel.
Lors de la 16è apparition, jour de la fête de
l’Annonciation faite à Marie, la Dame dit à Bernadette : « Je suis
l’immaculée conception » (en patois béarnais). La voyante courut
aussitôt au presbytère, tout en se répétant sans cesse la phrase,
qu’elle ne comprenait pas, de peur de l’oublier, et à peine entrée, la
répéta au curé. Celui-ci fût bouleversé, car il avait tout de suite
compris que Bernadette ne pouvait pas avoir inventé cette réponse, ni
elle, ni son entourage. Cependant, l’expression n’était pas nouvelle,
comme nous allons le voir maintenant, mais elle n’était pas couramment
employée pour désigner Marie, c’était une expression « savante ». Si
Bernadette avait imaginé avoir reçu un nom de la part de Marie, elle
aurait simplement dit : « Je suis Marie », ou « la Sainte Vierge », ou
« la Mère de Jésus » etc… ou d’autres expressions de la piété populaire.
Cependant, la croyance à la conception immaculée de
Marie remonte à plusieurs siècles et faisait déjà l’objet d’une
célébration liturgique de l’Eglise universelle. Elle avait été définie
comme dogme de foi, par le Pape Pie IX, 4 années auparavant, le 8
décembre 1854. Et même, depuis l’apparition de Marie à Catherine
Labouré, en 1830, à Paris, rue du Bac, on vénérait la “médaille
miraculeuse” qui portait l’inscription « Marie conçue sans péché, priez
pour nous… », selon le modèle que Marie aurait montré à sœur Catherine.
Cette médaille était déjà très répandue dans le peuple chrétien.
ATTENTION. Il ne faut pas confondre, comme on
le fait parfois la conception immaculée de Marie, avec la conception
virginale, lorsqu’elle mit au monde Jésus.
La conception virginale est affirmée dans l’évangile
de l’annonciation quand l’ange dit à Marie qui avait objecté qu’elle ne
connaissait pas d’homme, que l’Esprit Saint la couvrirait de son ombre
et que son enfant serait appelé Fils de Dieu. Cet enseignement officiel
de l’Eglise est proclamé dès les origines, dans les Symboles de la foi
ou « Credo ».
Quand on parle de l’Immaculée conception, il
s’agit de la conception naturelle de la Vierge Marie, à partir de
l’union charnelle de ses parents, nommés traditionnellement Joachim et
Anne, d’après un évangile apocryphe du 3è s. « Le Protévangile de
Jacques » qui a fourni beaucoup de légendes à la dévotion et à
l’imagination des fidèles et des artistes. On signifie par là que Marie,
dès sa conception a été préservée du péché originel et de toute racine
du mal.
Pré-histoire de la doctrine de l’Immaculée
conception.
La définition de la doctrine, en 1854, affirme que
c’est une doctrine révélée… Ce qui ne signifie pas qu’elle est affirmée
clairement dans la sainte Ecriture, car pour l’Eglise catholique, la
révélation qui a sa source dans l’Ecriture, nous parvient aussi dans la
Tradition de l’Eglise, les enseignements des Pères, l’enseignement
extraordinaire et ordinaire de l’Eglise (ou Magistère vivant), et même
de la communion consensuelle du peuple chrétien. (Différence avec la
conception protestante de la révélation, limitée à la lettre de
l’Ecriture).
Plusieurs textes de l’Ecriture ont éclairé cette
doctrine : en particulier dans le récit de l’annonciation, la salutation
de l’ange Gabriel à Marie : « Réjouis-toi, Marie, pleine de grâce ! »
(emploi d’un participe parfait qui dit ici la perfection de la grâce :
« toi qui est comblée de la grâce » que la latin et le français ont
rendu par “gratia plena” “pleine de grâce”, qui sera compris par la
tradition postérieure comme « Toi en qui la grâce atteint sa
plénitude ». Par ailleurs, dans le récit de la Visitation, Elisabeth
s’écrie devant Marie « Tu es bénie entre toutes les femmes… !). Ce que
les premiers Pères de l’Eglise entendront comme une sainteté
particulière de Marie et l’appelleront déjà « la Sainte Vierge » (St
Justin , vers 165, st Irénée, St Grégoire le Thaumaturge (270). On
commence même dès cette époque à appeler Marie, la “nouvelle Eve”,
désignation que l’on trouve fréquemment aux siècles suivants, par ex.
chez St Epiphane, saint Ephrem, St Jérôme, st Augustin, etc…
Ce thème de la nouvelle Eve est très important : Eve
avait été créée par Dieu « innocente » et munie de la grâce divine,
qu’elle perdit par le PO, tandis que la nouvelle Eve, qui fait pendant
au “nouvel Adam” qu’est le Christ, dut être crée par Dieu totalement
innocente.
Dans les liturgies byzantines (orientales vers le 9è
s), on célébrait une fête de la conception de Marie, ou de la
sanctification de Marie, car on pensait qu’en raison de sa maternité
divine à venir, Dieu la sanctifiait miraculeusement, dans le sein de sa
Mère. Cette conviction reposait sur un raisonnement bien simple : Dans
la sainte Ecriture, deux personnages, au moins sont dits avoir été
sanctifiés dans le sein de leur mère : le prophète Jérémie (Jer 1) :
« Avant de te former au ventre maternel, je t’ai connu, avant que tu
sois sorti du sein, je t’ai consacré… », et le Précurseur, saint
Jean-Baptiste, selon Lc 1, 15, l’ange dit à Zacharie de son enfant à
naître, « il sera remplis de l’Esprit Saint dès le sein de sa mère… ».
On pensait donc que Marie “pleine de grâce” ne pouvait être inférieure
en grâce à ces deux prophètes. On admit donc, dans l’Eglise, en Orient
d’abord, puis bientôt en Occident, que Marie avait été sanctifiée par
une grâce particulière, dès le sein de sa mère, afin que son corps,
exempt dès lors du péché originel ne puisse souiller la chair
bienheureuse de Jésus-Homme-Dieu, le Très Saint.
Car , à la suite de St Augustin, on pensait que le
péché originel était physiquement transmis dans l’accomplissement de
l’acte conjugal et ainsi contaminait tous les descendants d’Adam, sans
autre exception que celle de Jésus, qui lui n’était pas né de l’union
charnelle d’un homme et d’une femme. Autrement dit, pour ce qui concerne
Marie, on pensait qu’après un premier temps : la conception, commune à
tous les humains, il y avait un second temps : la sanctification qui
précédait la naissance et signifiait la vocation particulière de Marie :
devenir la Mère du Très Saint .
Les controverses du Moyen-Age.
Vers le XIè s., timidement, quelques théologiens
s’interrogent sur l’étendue du privilège de Marie, comme St Pierre
Damien, St Bruno et saint Anselme de Cantorbery, dont l’un des disciples
et secrétaire, l’anglais Eadmer, émit clairement l’hypothèse que Dieu
pouvait par sa puissance préserver Marie de toute tache, y compris du
PO. – Et l’on commence, en certains milieux monastiques, à donner ce
sens à une fête liturgique de la conception de Marie : en Angleterre, en
Espagne, et bientôt à Lyon, ce qui émeut profondément saint Bernard
(vers 1125) qui écrit une lettre de reproches sévères aux chanoines de
Lyon qui ont institué cette fête. Il leur rappelle que d’après St
Augustin, tous les hommes naissent marqués de ce péché, et que d’autre
part la rédemption du Christ a été universelle et donc a affecté sa
propre mère qui aurait eu, elle aussi, besoin de rédemption.
Néanmoins, les grands théologiens scolastiques
adoptent la position de saint Bernard : saint Bonaventure, franciscain,
comme saint Thomas d’Aquin, le docteur dominicain, enseignent clairement
que Marie a été sanctifiée, dès le sein maternel, avant sa naissance, et
qu’elle n’a pas connu le péché, par la suite, afin de préparer au Verbe
de Dieu une demeure digne de lui. L’un et l’autre ne veulent pas aller à
l’encontre des conclusions de saint Augustin selon ces trois
affirmations : 1°- Tout homme né à la suite d’un acte charnel contracte
en sa nature le péché originel qui affecte toute la descendance d’Adam ;
2° - Le Christ n’a pas connu cet héritage, puisqu’il n’est pas né d’un
commerce charnel ; 3° - Marie, comme tous les humains a bénéficié de la
rédemption acquise par les mérites de la passion de Jésus-Christ. Or,
pensaient-ils, puisqu’elle a engendré le Christ, elle ne pouvait
recevoir de lui, qui lui était postérieur, d’être préservée du PO.
Cependant d’éminents théologiens anglais continuaient
à enseigner la conception immaculée de Marie, selon les affirmations
d’Eadmer. En particulier le grand théologien Robert Grossetête,
chancelier de l’université d’Oxford et plus tard archevêque de Lincoln,
qui écrivit un traité de la conception immaculée de Marie. Or ce Robert
est ce maître d’Oxford qui le premier accueillit les frères mineurs,
venus fonder l’Ordre avec le frère Agnello de Pise (1223), ancien
provincial de Paris. Non seulement il les protégea, mais il accepta de
les accueillir à l’université d’Oxford, et d’enseigner dans leur couvent
d’études. Ce qui influença considérablement la pensée franciscaine, à
travers Adam de Marsch, Hugues de Digne, Alexandre de Halès, Roger
Bacon, Guillaume de Ware, qui fut le maître de Duns Scot. Cependant, les
anglais n’avaient pas encore trouvé l’argumentation décisive qui
établira la doctrine de l’Immaculée conception. Ce fut le mérite et la
gloire du théologien franciscain le Bx Jean Duns Scot (1265-1308).
L’enseignement marial de Jean Duns Scot
Trois grandes intuitions président les réflexions
théologiques de Jean Duns Scot :
1° - Avant de penser à l’homme pécheur, il faut
réfléchir sur l’homme sanctifié. Car le dessein d’un Dieu d’amour ne
peut pas être de vouloir créer des pécheurs pour les racheter ensuite ou
les châtier dans leur rébellion , mais c’est de vouloir être aimé par
des créatures libres en qui la grâce divine agirait pour les conduire à
leur fin, la communion bienheureuse avec les ¨Personnes divines, même
si, du fait de leur liberté et de leur fragilité de créatures elles
pourraient risquer de se perdre. Le dessein créateur est donc
originellement un dessein de salut.
2° - Jésus-Christ, qui en tant qu’homme est la
créature la plus aimée de Dieu, donc la plus parfaite réalisation du
dessein éternel de Dieu, ne peut pas devoir son existence à une cause
contingente, à savoir la chute, même probable de l’homme. Il est le
premier voulu, avant toute autre créature, parce que la volonté divine
se porte d’abord sur celui qui peut le mieux réaliser son dessein
éternel. C’est d’ailleurs ce qui a été révélé dans l’épître aux
Colossiens : 1, 13-20 : « Il est lui, l’image du Dieu invisible, le
Premier-né avant toute créature, car c’est en lui qu’ont été créées
toutes choses, dans les cieux ou sur la terre…Tout a été créé par lui et
pour lui (ou vers lui)… ».
3° - Pour parler de Marie, il faut partir du Mystère
du Christ, car elle appartient à ce mystère, elle fait partie de la
prédestination de l’Incarnation. Dieu n’est pas soumis au temps des
hommes, car son dessein est éternel, et éternelle en est la réalisation.
A partir de là, Duns Scot va résoudre les difficultés
qui lui sont opposées par les théologiens qui tout en soutenant la
sanctification de Marie dès avant sa naissance, hésitent encore à
affirmer la sainteté même de sa conception.
a) quant au Péché originel : Duns Scot n’admet pas
qu’il soit transmis par l’union des corps, car dit-il justement, même si
le corps est souvent l’occasion du péché, le péché est un acte de la
volonté, il se situe dans l’esprit ou l’âme de celui qui pèche. C’est le
fait d’appartenir à la nature humaine qui nous rend solidaires d’Adam et
affectés par le PO.
b) Dieu n’est pas lié par le temps des hommes :
d’ailleurs tous les justes de l’Ancien Testament ont bénéficié eux-aussi
de la grâce rédemptrice que leur méritait la Rédemption de Jésus…à
venir.
c) Marie a elle aussi bénéficié des mérites de la
Pâque de Jésus, or, une grâce qui préserve est bien plus éminente
qu’une grâce qui guérit, rien ne s’opposait donc à ce qu’elle soit
préservée du PO du fait des mérites de Jésus-Christ, bien au contraire,
cela “convenait” plus parfaitement et manifestait l’amour de
prédilection que Jésus-Homme Dieu devait à sa mère, la créature la plus
proche de lui, qui le porterait en son sein dans une intimité absolue.
Ainsi est-elle celle qui a reçu en plénitude les grâces de la
Rédemption. Non seulement elle n’échappe pas à la Rédemption
universelle, mais elle en est la meilleure bénéficiaire.
Bien entendu, il n’appartient pas au théologien de
décider ce que Dieu devait faire, mais il peut raisonner avec prudence
sur ce qui s’est passé, de fait. C’est ce qui autorise la fameuse phrase
attribuée à Duns Scot, en un résumé lapidaire : Deus potuit, hoc decuit,
autem fecit : “Dieu pouvait le faire, cela convenait hautement, il l’a
donc réalisé ».-
Le Bx Duns Scot soutient donc que Marie, par une
grâce singulière qui lui vient des mérites de son Fils a été totalement
préservée du PO, dès sa conception, en vue du rôle qui lui serait dévolu
par Dieu de mettre au monde son Fils. Ce sont presque les termes qui
seront retenus par la définition du dogme, par Pie IX, six cents ans
plus tard.
L’acceptation progressive dans l’Eglise
La brillante démonstration de Jean Duns Scot fut
d’emblée acceptée par l’université de Paris, et par les Anglais qui
n’attendaient que cela. . Dès lors, l’Ordre franciscain se fit le
champion de cette doctrine, déjà affirmée également par le tertiaire
Raymond Lulle, et ensuite par tous les théologiens franciscains. Par
fidélité à saint Thomas d’Aquin, les Dominicains continuérent à
combattre cette thèse, mais ils furent bientôt isolés dans leur combat,
parce que la piété des fidèles se portait plus volontiers vers la
vénération de Marie. Avant même la mort de Duns Scot, le pape Boniface
VIII (1303) accorde une indulgence à ceux qui célèbrent la fête de Marie
immaculée. Plusieurs ordres religieux, qui furent fondés dans les
siècles qui suivirent adoptèrent le patronage de Marie Immaculée. Des
sanctuaires furent érigés et l’office de l’Immaculée conception fut
concédé de plus en plus souvent à des pays, des diocèses ou des familles
religieuses. Le pape franciscain Sixte IV, approuve la doctrine, à
plusieurs reprises, et la plupart de ses successeurs en firent autant.
Le pape Léon X, celui qui condamna Luther, aurait voulu définir cette
doctrine, mais le cardinal dominicain, Cajetan l’en dissuada. En 1708,
le Pape Clément XI établit une fête d’obligation du 8 décembre, en
l’honneur de l’Immaculée. A partir de là, les suppliques se multiplient,
de la part des évêques, des fidèles, des religieux pour obtenir la
définition du dogme de l’Immaculée conception de Marie, tandis que les
Dominicains se voyaient interdire de s’opposer à cette doctrine et d’en
développer des arguments contraires. En Italie, le célèbre prédicateur
populaire, saint Léonard de Port-Maurice, entraîne les foules à la
dévotion à Marie Immaculée, et compose une prière et supplique pour
obtenir la définition papale. – Peu de temps après son élection, le pape
Pie IX, tertiaire franciscain, qui lisait fréquemment la prière de St
Léonard, établit une commission chargée d’étudier la possibilité et
l’opportunité d’une définition solennelle du dogme. Tous les évêques du
monde sont consultés par écrit. 546 réponses, sur 603 évêques consultés
demandent instamment la définition : quelques evêques ne s’y opposent
pas mais jugent inopportune une définition, très peu donnent un avis
opposé à la doctrine.
Le 8 décembre 1854, par la bulle « Ineffabilis
Deus », Pie IX proclame solennellement l’Immaculée conception de
Marie :
... Nous déclarons, prononçons et définissons que
la doctrine, qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au
premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière
du Dieu Tout-Puissant, en vue des mérites de Jésus-Christ, Sauveur du
genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel,
est une doctrine révélée de Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue
fermement et constamment par tous les fidèles.
Le 25 mars 1858, Marie se fait connaître à Bernadette
de Lourdes sous ce vocable : l’Immaculée conception.
Problèmes œcuméniques
Il ne faut pas passer sous silence les difficultés
que soulèvent les proclamations des dogmes mariaux, Immaculée conception
et Assomption de Marie, dans le dialogue œcuménique entre les diverses
confessions chrétiennes.
Chez les Chrétiens Orthodoxes d’Orient : Ils
ont une très grande dévotion à Marie, qui s’exprime dans leur liturgie,
dans leurs prières et leurs hymnes, dans les Icônes. Ils ont été les
premiers à célébrer la sanctification de Marie et ont été les premiers à
proposer les grands dogmes mariaux fondateurs, de la Maternité divine et
de la Virginité de Marie. Cependant, ils n’acceptent pas qu’une
proclamation dogmatique ait été faite sans eux : ils récusent les
Conciles postérieurs à la séparation d’avec l’Occident, et l’autorité
doctrinale personnelle du pape. Ils ne pouvaient donc pas accepter la
proclamation de Pie IX.- Ils refusent aussi l’Immaculée conception, et
ils s’en tiennent à la nécessité du salut apporté par la Passion et la
Pâque de Jésus au monde entier, ainsi qu’à l’universalité du PO.
Dans les Confessions protestantes :
Il faut se garder d’affirmation simpliste comme :
« les Protestants ne croient pas à la Vierge Marie ! ». Les Confessions
protestantes ont un grand respect pour Marie, en raison de la place
qu’elle tient dans l’Ecriture, et ils acceptent en général les dogmes
des 4 grands conciles. La plupart cependant n’acceptent pas la
« virginité perpétuelle de Marie » telle qu’elle a été définie au 3è
Concile de Constantinople (7è s.). Luther professait une grande dévotion
et admiration pour Marie, ainsi qu’en témoignent ses commentaires sur le
récit de l’annonciation et sa méditation sur le Magnificat. Mais les
Protestants ne rendent aucun culte à Marie, parce qu’ils récusent, en
général le culte des saints, comme portant atteinte à l’unique médiation
du Christ, selon 1 Tm 2, 5 : « Un seul est médiateur entre Dieu et les
hommes, l’homme Jésus-Christ. »
Les Catholiques connaissent bien ce texte et
affirment également l’unique médiation du Christ pour donner aux hommes
les grâces du Salut. Mais ils considèrent que les saints ont une
médiation d’intercession, selon la doctrine de la communion des saints :
saint Paul invitent les chrétiens à prier les uns pour les autres et à
prier pour la fructification de son ministère apostolique. Marie qui est
la plus proche du cœur de Dieu, la plus informée par la charité
surnaturelle, est la mieux placée pour intercéder pour les hommes.
Dans la publication du « Groupe des Dombes »
concernant les points de vue des Protestants et des Catholiques sur la
Vierge Marie, le Père Sesboué (Jésuite) expose clairement les positions
catholiques, mais il souhaite que les dogmes concernant Marie ne soient
pas un obstacle à l’unité chrétienne, car, dit-il, ce sont des « dogmes
seconds » (mais non pas secondaires), en ce sens qu’ils sont en
dépendance totale de la doctrine sur le Christ et la rédemption. Il
considère que la doctrine sur le Christ qui nous unit suffirait à nous
faire réaliser une unité visible, en demandant aux protestants de ne pas
mépriser la foi des catholique sur la Vierge Marie, en demandant aux
catholiques de ne pas considérer comme hérétiques ceux qui vénèrent les
mystères du Christ-Sauveur, d’autant que durant de longs siècles, il y
avait débat sur ces questions, parmi les plus saints et les plus savants
des maîtres en théologie ou en spiritualité.
En quoi ce dogme concerne chaque chrétien ?
En ayant parcouru rapidement l’histoire du dogme de
l’Immaculée conception, peut-être vous demandez-vous en quoi il vous
concerne ? N’est-il pas une affirmation laborieuse des théologiens et
des savants dont serait exclus le peuple des simples ? – Cependant,
Catherine Labouré et Bernadette étaient des femmes simples et sans
instruction.
= Il faut rappeler tout d’abord que la doctrine
chrétienne, même formulée en dogmes, traite des « Mystères de la foi ».
L’Immaculée conception de Marie est un grand mystère, dans lequel nous
sommes invités à entrer pour mieux vivre notre foi au Christ, mais
restant toujours dans l’attente d’une révélation plénière : « ici-bas
nous ne voyons qu’imparfaitement, comme dans un miroir » disait
l’Apôtre Paul.
= L’ I-C signifie pour nous la défaite absolue
de Satan, telle qu’annoncée dès le livre de la Genèse, quand Dieu dit au
serpent que la descendance d’Eve (Marie et Jésus) lui écrasera la tête
(Gen : 3, 15). Cf le théologien du XX° s. Karl Rahner : « Rien d’autre
n’est dit dans le dogme que ceci : Marie est celle qui fut
radicalement rachetée…Bref, c’est le cas de l’homme racheté
absolument et radicalement ».
= Pour les fidèles, il y a ainsi place pour
l’admiration, la contemplation de Marie « chef-d’œuvre » de Dieu, devant
toutes les autres créatures. Notre louange s’élève donc vers Dieu et
vers son Christ.
= La création nous apparaît dans toute sa
“positivité” : ce n’est pas le mal qui domine, mais la sainteté
partagée, voulue par Dieu aux origines. L’homme parfait, c’est
Jésus-homme, la créature la plus aimée et la plus sanctifiée par Dieu.
Le péché est un accident malheureux qui dénature les fils et filles de
Dieu : nous sommes moins “hommes” quand nous laissons le péché dominer
en nous. Nous sommes “plus hommes” quand la grâce nous libère et nous
accomplit. Marie a été créée par Dieu dans un état d’accomplissement,
sans obstacle à l’action de la grâce en elle ; elle nous précède en
humanité.
= La Nouvelle Eve est ainsi la « Mère des vivants de
la vie nouvelle ». En engendrant l’humanité sainte de Jésus, elle donne
au monde Celui qui donnera aux hommes la grâce plénière du Salut.
Cf. St Ambroise : « Marie est un commencement des
œuvres de Dieu : il n’est donc pas étonnant que le Dieu qui devait
racheter le monde, ait commencé son œuvre par sa mère, afin que celle
par qui le salut était préparé à tous, jouit la première du fruit du
Salut… »
=En contemplant Marie immaculée, nous avons la
nostalgie de l’innocence originelle, qui doit nous faire désirer la
conversion, dans notre itinéraire de pécheurs. Mais nous nous savons
appelés à bénéficier du pardon miséricordieux de Celui qui nous a donné
Marie pour mère. Celle qui n’a pas connu le péché, mais qui a vécu,
souvent douloureusement, dans un monde de pécheurs, et qui a subi la
violence du péché dans la Passion de son Fils, ne peut que compatir à
nos faiblesses : on l’invoque comme “Refuge des pécheurs”. Elle nous
remplit d’espérance quant au terme du Salut, de notre propre salut.
= Sainte Claire d’Assise disait au moment de mourir :
« Merci Seigneur de m’avoir créée ! ». En Marie et avec elle nous
disons : Merci Seigneur d’avoir créé ce monde en vue de donner aux
créatures spirituelles de partager avec Marie le bonheur éternel
d’entrer en communion avec le Père, le Fils et l’Esprit Saint.
= En attendant, nous nous confions avec assurance à
l’intercession de celle qui est la plus proche du Christ-Sauveur, pour
intercéder pour les pécheurs. Les grands prêtres d’Israël qui avaient la
mission d’intercéder pour les péchés du peuple, devaient d’abord
intercéder pour leurs propres fautes (Hb 7,27). Comme Jésus, Marie n’a
pas à intercéder pour ses propres fautes, son intercession est donc
totalement en notre faveur et puissante sur le cœur de Dieu.
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